Alors que le Cabaret Vert célébrait ce samedi sa traditionnelle journée d’inauguration — paradoxalement placée à l’avant-veille de la clôture —, Charleville-Mézières s’est métamorphosée en un théâtre de convivialité brute et de ferveur créative. Entre les retombées économiques colossales pour le territoire et les confidences lumineuses des maîtres du neuvième art, plongez au cœur d’une édition où la culture populaire abolit toutes les frontières.
« Même les élus du même bord se parlent, c’est dire si l’ambiance est détendue », plaisante Boris Ravignon. Il faut dire que l’hilarité du maire de Charleville-Mézières repose sur des chiffres vertigineux : cette 20ᵉ édition injecte 7,5 millions d’euros dans l’économie locale tout en mobilisant 2700 bénévoles. Or, un tel miracle financier ne doit rien au hasard, mais tout à une alchimie singulière entre la musique live et le neuvième art. C’est d’ailleurs ce savant mélange, populaire et décloisonné, qui a fini par faire chavirer les plus rigides, au point que le nouveau préfet lui-même s’est laissé surprendre à faire cuire des merguez aux côtés du maire.
Car sur cette plaine ardennaise, l’odeur de la grillade adoucit les mœurs et ouvre la voie à d’autres partages, tout aussi généreux, dans l’allée des bulles. C’est là que les dessinateurs se livrent sans filtre, à l’image de Jérôme Alquié qui raconte comment son trait l’a mené d’Albator aux chevaliers de Saint Seiya, tout en avouant son amour absolu pour la magie brute du story-board. Un enthousiasme partagé quelques mètres plus loin par Yoann, dont la vocation est née en feuilletant Spirou ou Gaston Lagaffe sur les étagères familiales. Ce déclic enfantin a nourri une carrière prolifique de plus de trente albums, où la complicité avec les scénaristes continue d’enrichir le dessin.
Dès lors, la boucle est bouclée : cette proximité naturelle des auteurs incarne exactement le pari initial des organisateurs, qui avaient adossé les concerts à la BD pour la sortir de sa réserve. Reste maintenant à savoir si l’issue de cette édition confirmera définitivement le succès de ce beau mariage entre la note et le crayon.