Rédaction : Patrick Ndibwalonji Badibanga // Photos : Anteia Dujardin
Pianiste guidé par l’art du silence et le besoin frénétique de ralentir le temps, le musicien liégeois Grégoire Gerstmans dévoile son nouvel album Éternité, à paraître le 9 octobre chez [PIAS] Recordings. Un voyage contemplatif et radical qui bouscule nos habitudes d’écoute.
« Le piano, c’est un peu une histoire de famille. Il y a toujours eu un piano dans la famille. » C’est avec cette évidence que Grégoire Gerstmans pose les bases d’une relation intime avec la musique. S’il s’est d’abord essayé aux percussions avant d’explorer longuement la guitare, le piano est resté son point d’ancrage immuable. Mais au-delà de l’instrument, c’est une toute autre obsession qui traverse son œuvre : notre rapport au temps. Dans une société où nous marchandons chaque minute et où plus personne ne prend le temps de vivre, le compositeur fait un choix fort : « Je laisse la place au silence. »
À l’écoute d’Éternité, le résultat surprend, interpelle, puis envoûte. Ces respirations inattendues au cœur des morceaux brisent nos habitudes d’auditeurs. Le temps ne s’accélère plus ; il s’étire comme une horloge calée sur un rythme ralenti. La frontière entre le son et le vide devient si poreuse qu’à la fin de certains morceaux, il faut parfois quelques secondes de flottement pour réaliser que la dernière note s’est éteinte.
Cette maîtrise du temps et du regard ne doit rien au hasard. Passionné par la photographie et vidéo, Grégoire Gerstmans sait pertinemment comment contempler la lumière déclinante d’un coucher de soleil pour en saisir la poésie. Sa musique s’écoute d’ailleurs comme on regarde l’horizon, lors de ces parenthèses intimistes où la beauté réside dans l’instant présent. Libéré des conventions et nourri par une culture musicale vaste, il aborde sa création avec une philosophie aussi simple que profonde : « Le fait que la musique soit bonne ou non, c’est un jugement humain. »
C’est fort de cette liberté créative qu’il ose porter sa poésie épurée là où on ne l’attend pas. Imaginez ce spécialiste du calme absolu s’inviter au Jazz à Liège ou, plus étonnant encore, au cœur du tumulte électrique du Micro Festival. Dans ces événements où le bruit est généralement de rigueur, l’expérience aurait pu intimider. Pourtant, le public l’accueille chaque fois chaleureusement, saisi par la force d’une parenthèse inattendue au milieu des décibels.
En acceptant de suspendre le vol des heures, l’artiste nous rappelle une vérité fondamentale : « L’horloge est une invention humaine, mais le temps, lui, a toujours existé ! » Loin de la course aux chiffres, Grégoire Gerstmans ne recherche qu’une connexion sincère. Si une seule personne écoute cet album et y trouve un refuge, son pari sera gagné. Il sera du reste en concert dans la région liégeoise le 14 octobre 2026 à Brasserie Matin Calme à Sprimont et le 28 novembre au Festival de Visé.