Pour l’édition 2026 d’En Piste, Espace 251 Nord invite Garance Gasser.
La jeune peintre tout juste sortie de l’Académie des Beaux-Arts de Liège a pu présenter son travail à Espace 251 Nord dans l’exposition Parachronique en 2025.
Elle fut aussi invitée à participer à l’exposition collective Nous tournoyons dans la nuit, et nous voilà consumés par le feu au Trésor de la Cathédrale de Liège en 2025-2026.
Espace 251 Nord poursuit la relation avec l’artiste en l’invitant à travailler sur un nombre restreint de peintures de petits formats (voir la note d’intention de l’artiste ci-dessous).
Il était un futur lointain, quelque part dans ce qu’il reste d’un univers détruit par la surenchère de l’Homme. Dans ce désert presque vide, des créatures semblent avoir survécu et s’être adaptées ; elles sont l’évolution de ces grands Hommes jadis en quête de toujours plus. Consumés par l’ambition, ils ont embrasé le monde. Ça y est, tout a brûlé... Ils ont réussi, ils ont gagné la course : les premiers sur un podium de cendres, bien vide de concurrence.
Des anciens stéréotypes d’industriels et de politiques en costumes et cigares, aux nouveaux entrepreneurs « cool » de la Silicon Valley en streetwear, les voilà mutés en créatures quasi animales. Des élites d’autrefois revenues à l’état primal.
Cette série leur est consacrée, à eux, ces fous ambitieux. Dans nos médias, nos livres d’histoire, notre quotidien... Que ce soit sur le plan économique, politique, philosophique, artistique ou ailleurs, ces personnages façonnent nos époques à grands coups d’ego.
Les peintures sur bois, de formats variés, sont le fruit de digressions personnelles autour de la folie de l’ambition à outrance, de la mégalomanie, de la récompense et du sens de la réussite, ainsi que des moyens employés pour y parvenir.
Le vocabulaire esthétique de la série se compose de symboles liés à la récompense. On y retrouve la médaille, qu’elle soit sportive, militaire ou honorifique. Est également présent le mythe de la Toison d’or, artefact divin, objet de quête conférant à son possesseur le statut de héros. Elle est ici montrée pour ce qu’elle est dans notre monde : une simple dépouille de mouton, avec les cornes et la fourrure qui la composent, dépouillée de son voile mystique.
Les éléments comme le briquet et le bidon d’essence font référence à la destruction par le feu, ainsi qu’à l’absence de scrupules dans les moyens employés par ces fous ambitieux pour parvenir à leurs fins. Les gants blancs incarnent les intentions cachées, la patte blanche que le rusé loup tend à l’ingénu agneau.
Parmi les natures mortes, quelques mises en scène de ces ambitieux, dépouillés de leur grandeur, sont montrées comme des créatures pathétiques dont la vie en meute a remplacé l’entre-soi mondain. Une élite redevenue tribu, vénérant ses propres reliques. Affamés de reconnaissance, ils se repaissent du moindre signe de pouvoir qui les distinguerait de la masse. Se rêvant en héros, vainqueurs parmi les vainqueurs, la carcasse de bélier dont ils se parent n’est qu’un piètre déguisement. Même maladroitement badigeonnée d’or, une toison n’est qu’une peau vide.
Garance Gasser