#GROINLAND réunit le travail de quatre artistes : François Curlet, Michael Dans, Antonio Ortega et Michaela Sanson-Braun. Le titre, proposé par François Curlet, donne le ton d’une exposition qui relie des positions distinctes à travers une sensibilité commune au langage, aux comportements, aux jeux de pouvoir, ainsi qu’aux façons subtiles et politiques dont le sens glisse, mute ou se filtre.

Le titre #GROINLAND est drôle, maladroit et légèrement faux exactement comme il faut. Il ne cherche ni la tendance ni la gravité intellectuelle. Il assume sa position. Il est ludique et politiquement chargé, délibérément bancal et discrètement irrévérencieux. Ces qualités définissent à la fois son ton et le terrain commun partagé par les artistes.

#GROINLAND peut être interprété dans deux langues et dans plusieurs directions à la fois. En français, “groin” renvoie à la fois à un grognement – un son brut, instinctif, qui sort du corps avant le langage, déjà filtré, déjà abstrait, une imitation humaine d’une impulsion animale. Le son devient une sorte d’interface entre instinct et expression. Il désigne aussi le nez du cochon – un outil renifleur, curieux, éventuellement impudique, un point de contact entre l’impulsion et l’expression.

En anglais, “groin” (“l’aine”) porte une connotation corporelle et légèrement sexuelle, qui reste ici secondaire. Un passage de l’anatomie au son, du visible à l’audible, de l’impulsion à la représentation. Entre les deux langues, le sens ne cesse de se déplacer.

Le hashtag joue un rôle non négligeable. Il fonctionne comme une censure douce : caviardage de bande dessinée, traits noirs bureaucratiques, filtrage d’insultes. Un substitut à ce qui ne peut être entièrement dit, montré ou nommé. Le sens est partiellement caché, partiellement révélé. Le grognement appartient à ce registre pré-verbal – maladroit, physique, légèrement absurde. En ce sens, #GROINLAND prend la forme d’un territoire construit sur des substitutions, où instinct, langage et codes sociaux se superposent et interfèrent.

La proximité du titre, entre jeu de mots et nom réel («Groenland» et «Greenland»), entre en collision avec l’actualité géopolitique et ancre le titre dans une dimension territoriale et politique. Le glissement n’est plus seulement linguistique – il touche au réel.

#GROINLAND n’est pas un pays, mais pourrait facilement en passer pour un. Le hashtag le transforme en signe : une marque, une destination, un nulle part instagrammable. Un nom pris entre territoire et tendance, entre visibilité et régulation.

Dans l’exposition, chaque artiste aborde ce terrain sous un angle différent.

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