JERONIMO, JARDINIER DE L’INFINI
Interview : Cécile Botton / Photos : Reno Gilsoul & Christophe Dehousse
Jeudi 29 octobre, rendez-vous au Reflektor où Jeronimo nous présentera son nouvel opus « La difficulté des rêves ». C’est à l’occasion des 20 ans de son premier album, que Jérôme Mardaga replonge dans le répertoire de Jeronimo. Retour aux sources ? Par vraiment ! Pour l’artiste, il s’agit juste d’un chemin qui se poursuit… Petit retour de cette belle rencontre !
Un besoin de bifurquer
Le dernier album de Jeronimo « Zinzin » remonte à 2013. Si l’artiste prend la pause, il ne se met pas en jachère pour autant… Durant toute cette période, il bosse au rythme d’un album tous les trois ans. Dans les différents disques qu’il sort sous le nom de Thamel, il explore la musique instrumentale… Seul en scène avec ces synthés modulaires, il nous emmène dans des moments aussi suspendus qu’intimistes. Au milieu de cette réserve naturelle qu’est Thamel, il sort « Raid Aérien » qu’il signe de son vrai nom. Véritable rupture, on est face à un album hypnotique, une plongée dans la noirceur d’un monde imaginaire. « Vers 2022, j’ai fait une série de concerts intimistes pour les 20 ans de mon premier album où j’étais seul en scène avec ma guitare Gretsch… En parlant avec les gens, je me suis rendu compte que ce sentier-là s’ouvrait devant moi et continuait, ce n’était pas un retour sur mes pas, mais plutôt une nouvelle voie ! »
Vers un nouveau petit monde
« Un album, c’est comme un nouveau petit monde qu’on va créer, une espèce de rêve à qui il faut donner vie ! » lâche Jeronimo. Pour l’artiste, le processus de création reste sa motivation première bien avant la scène et la promotion. Solitaire dans l’âme, il aime être seul pour la production du disque, le choix des sons. « Je suis le mec qui veut tout contrôler ! Par moment, c’est bien, car on va plus vite, par contre c’est appauvrissant, car on n’a pas l’éclairage des autres… Je l’ai bien vu avec les percussions : lorsque j’ai laissé champ libre à ma compagne, elle a donné des impulsions que je n’avais pas du tout soupçonnées au départ. » Il n’empêche que la musique est son jardin et qu’il ne saurait lâcher du lest pour les instruments mélodiques. Ce besoin de cheminement solitaire où il parfait ses recherches et ses techniques musicales, ses collections d’idées contribue à son équilibre. Un plaisir dont il ne veut pas se priver ! « J’ai la chance de pouvoir y réfléchir tout le temps et avec l’expérience, je deviens musicalement plus précis… c’est un luxe absolu ! »
Collaboration-collage
Pour la première fois, les paroles ont été coécrites avec Werner Moron, un artiste plasticien humaniste de Liège. « Pendant un an, j’ai lu ce qu’il postait sur les réseaux et je cochais des phrases… Sa prose surprenante et extrêmement musicale m’a énormément touché ! » Parmi les phrases choisies, certaines m’ont servi d’impulsion pour la rédaction des paroles. Notamment avec « Comme un fakir assis sur le présent », Jérôme brode autour et lorsqu’il arrive à 3’30 pour le titre Fakir, il envoie son texte à Werner. Ce dernier épaté par ce qui est dit en si peu de temps lui donne le feu vert pour prendre ce qu’il veut, détourner et coller. « C’est Werner et ses phrases-chocs qui m’ont donné des impulsions d’où le travail de collage que l’on retrouve sur la pochette… C’est l’âme de la construction des paroles ! »
Une envie ?
« J’espère pouvoir rembarquer dans un nouveau petit monde… J’aimerais ajouter une troisième pièce à “ Raid Aérien ” et à “ La difficulté des rêves ”, je crois que ce sont mes deux meilleurs albums… L’idée d’un triptyque me plait bien ! »
Avec juste l’envie d’une plongée dans la quiétude pour un disque enveloppant en mode majeur et aux accords simples, pour un album aussi hypnotique que lumineux où les guitares seront à la fois fortes et gentilles, notre jardinier risque de ratisser large et de nous offrir pas mal de surprises !
Et si on parlait livre…
En parallèle, Jérôme vient de sortir « Quand le nuit joue trop fort » aux éditions du Caïd. Il s’agit d’un recueil de chroniques rédigées entre 2006 et 2017 pour le Vif Weekend. On oscille entre l’imaginaire, le vécu qui pourrait passer pour de l’imaginaire, des choses plus conventionnelles, ça raconte la vie sur la route, les souvenirs, les rencontres, les paysages. Léger à lire, c’est le livre idéal pour une petite pause, une page par-ci, par-là !
« Il y avait beaucoup de matière, ma sélection est purement affective ! Comme pour un album, c’est juste l’envie de partager un endroit, une atmosphère et si une chronique, une chanson ou un concert permet à quelqu’un de passer une meilleure journée, c’est top… Avec l’âge, le plaire n’existe plus, il y a quelque chose de plus fondamental, c’est juste de l’échange, simplement ça ! »