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Frédéric Jacquet frappe fort avec À voix basse, paru chez Empaj éditions. Ce troisième roman noir puise son souffle dans le dossier brûlant des adoptions illégales en Belgique. Entre filiations brisées et décors liégeois, les vérités les plus lourdes finissent toujours par se murmurer.

Il est des secrets qui ne se crient pas, mais qui suintent lentement à travers le silence. C’est sur cette conviction brutale que repose À voix basse. Eva, le personnage principal, va l’apprendre à ses dépens en enquêtant sur des crimes horribles qui réveillent des souvenirs profondément enfouis. Le titre porte d’ailleurs une double lame : celle des secrets qui se chuchotent, et celle, plus organique, de la naissance et de l’accouchement. Car l’étincelle de ce thriller psychologique jaillit d’un terrain miné bien réel. C’est au fil de discussions avec un ami député fédéral, engagé sur le dossier des adoptions illégales, que l’idée a germé. Sans relater directement cette affaire d’État, le roman en capture l’essence sourde : le poids des origines qu’on tente d’effacer.

Pour porter cette tension, Frédéric Jacquet refuse les héros lisses et préfabriqués. Grand dévoreur de polars, il observe ses contemporains comme des « personnages en puissance » et en travaille la chair pour les rendre poreux, habités par le doute et traversés de failles. Dans cette mécanique de l’ombre, le décor devient lui aussi un protagoniste à part entière : les rues et recoins de Liège offrent un terrain de jeu idéal pour sonder la noirceur humaine.

Ce troisième opus vient ainsi parachever une exploration entamée il y a près de trois ans. Après De père en fils et Les infinies béances, l’écrivain creuse à nouveau le sillon obsessionnel de la filiation, qu’il retourne sous tous les angles.

Loin du mythe du romancier régulier noircissant ses pages chaque matin à l’aube, la méthode Jacquet repose sur l’immersion totale. Il lui faut une bulle d’isolement de huit à douze semaines, une habitude héritée de son ancien statut d’indépendant. Avant de laisser ses personnages prendre le pouvoir, il s’impose toutefois une règle stricte : faire tenir l’ensemble de l’énigme sur une unique feuille A4.

Cette rigueur artisanale trouve aujourd’hui un nouvel écrin. Après l’autoédition et l’édition participative, Frédéric Jacquet signe son premier contrat classique avec Empaj éditions. Il salue le courage de cette maison locale prête à prendre des risques financiers aux côtés des auteurs. L’aventure ne s’arrêtera d’ailleurs pas là : une nouvelle graine germe déjà dans l’esprit du romancier, impatient de retrouver sa bulle d’écriture d’ici quelques semaines.

Publié le 7 Novembre 2026 par
Patrick Ndibwalonji

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