Rédaction : Patrick Ndibwalonji Badibanga // Photos : Reno Gilsoul et Guillaume Van Ngoc
Vingt ans après Satellites, leur dernier album, le groupe liégeois Hollywood Porn Stars concrétise enfin son désir de retrouvailles. Porté par un voyage déclencheur à Liverpool et une urgence de dire, le quatuor livre un opus sombre et lucide, Endless Age, disponible à partir de ce vendredi 6 novembre.
Il y a des histoires de rock qui s’endorment sans jamais vraiment s’achever. Pour Hollyood Porn Stars, le point final n’avait tout simplement jamais été posé. « C’était toujours un peu latent chez nous parce qu’on estimait ne pas avoir donné vraiment une fin au projet », confie Anthony Sinatra, l’œil rivé sur ce retour qui avait tout d’une évidence. Derrière ce come-back se cache une alchimie retrouvée au gré de hasards bien orchestrés. Des croisements réguliers dans des concerts dès 2023 et 2024, une étincelle allumée à Liverpool en voyant The Cribs fêter un anniversaire de scène, et soudain, l’envie irrépressible de s’offrir à nouveau ce frisson. Une première date en plein air devant 1 500 âmes conquises achèvera de lever les derniers doutes : la machine était relancée.
Pourtant, pas question de dénaturer l’ADN originel. Le groupe fonctionne toujours à l’instinct, guidé par une urgence viscérale et des réflexes intacts. « On a vraiment fait comme avant. C’est un groupe très spontané, on joue beaucoup sur les réflexes, on ne prépare pas beaucoup de choses, c’est très rock’n’roll : on allume les amplis, on fait un, deux, trois, quatre à la batterie, et puis c’est parti », souffle Anthony, revendiquant cette spontanéité comme un bouclier contre le cynisme de l’industrie.
Vingt ans ont passé, et l’insouciance de la jeunesse a cédé la place à la lucidité d’adultes confrontés au monde d’aujourd’hui. Endless Age, ce troisième album seulement en deux décennies d’existence, porte la marque de son époque. Moins naïf, plus crépusculaire. « Le propos est forcément plus sombre, parce que c’est très difficile aujourd’hui d’arriver à trouver de l’espoir dans le futur. », confie le chanteur-guitariste de la formation musicale liégeoise. Des titres comme Bad Movie ou Wicked King agissent ainsi comme des exutoires face au flot incessant des mauvaises nouvelles quotidiennes.
Quant à l’avenir, le groupe l’aborde avec une philosophie aussi punk qu’apaisée. Nulle promesse sur la durée, nul plan de carrière millimétré. « Le moteur de cette transformation, c’est le plaisir. Le jour où ça s’arrêtera, on ira travailler à la mine, quoi ! » Une liberté totale qui rappelle l’origine même de leur patronyme improbable, choisi jadis pour le Concours Circuit dans le seul but de marquer les esprits sur une affiche avec une bonne dose de second degré. Vingt ans plus tard, l’artifice a laissé place à la vérité brute d’un disque dont ils sont fiers.