Nul n’est prophète en son pays ?

Nul n’est prophète en son pays ?

La question est légitime, je crois. Car en tant qu’auteur, je côtoie bon nombre d’artistes, d’écrivains lors de salons du livre ou de salons artistiques, et j’entends cette réflexion qui sent l’amertume, la tristesse ou la colère pour certains. Je la trouve saine, cette interrogation, car qui mieux qu’un citoyen peut apporter une lumière sur sa cité ? Surtout, je suis triste lorsque je vois des toiles représentant des paysages qui sont des lieux d’enfance de l’artiste ou des romans qui évoquent ou mettent précisément en lumière la ville de l’auteur.

La politique est-elle responsable ?

De nouveau, c’est une interrogation légitime. Il serait intéressant de sensibiliser les décideurs culturels au sein d’une commune. Je ne parle pas là des bibliothèques et des centres culturels, non, mais des échevins qui ont la charge de la Culture, du Commerce et de l’Économie locale. Ne sont-ils pas missionnés pour mettre en lumière la culture de leur ville ou village ? Bon nombre d’entre eux accomplissent leur mission, fort heureusement.

Il n’est pas rare d’être mis en avant par une ville voisine et ça, c’est étrange pour un citoyen. C’est si dommage de ne pas voir, de ne pas éclairer, ou encore de laisser sa propre sensibilité l’emporter, prendre le pas sur la mission de valorisation. On a le droit, en tant que décideur, de ne pas aimer, mais ne faut-il pas penser plus largement ?

Personnellement, le sentiment qui prédomine après ces points évoqués, c’est de la tristesse.

Imaginez un instant un enfant qui grandit dans un village, y joue, y construit des cabanes, s’y promène à vélo et en connaît chaque recoin, y compris les plus inconnus, de par son audace. Cet enfant, en grandissant et par le biais de ses études et/ou de ses passions, développe un don, un art, un savoir-faire.

Un beau jour, le voilà adulte, reconnu pour son art ou son savoir-faire. Et ce village qu’il aime tant, où il vit toujours, qu’il aime mettre en valeur, car il ne peut faire autrement, ce sont ses racines, celles qui sont son essence, son carburant pour créer ; ce village n’a pas connaissance de son talent. Doit-il solliciter les autorités compétentes ou serait-ce de la prétention ? Comment faire ?

Pour cet autrefois jeune garçon ou cette autrefois jeune fille, c’est le sommet de son épanouissement, car il partage son vécu, raconte au travers de toiles, de sculptures, d’écrits ses fameuses cabanes, les lieux inconnus ou interdits de son village, celui qu’il aime tant.

Est-ce un devoir politique de partir à la recherche des talents locaux ? Du petit commerçant ou du papy qui aime peindre des aquarelles de son village ou d’ailleurs. Faut-il les mettre en valeur, ces citoyens, pour qu’un jour on puisse se souvenir d’eux et dire : « Cet artiste n’a pas oublié d’où il vient, ce que ses racines lui ont apporté, et il était de chez nous ! »

Quelle belle reconnaissance, et puis quelle preuve d’intelligence culturelle et générale que de mettre ses talents en valeur et d’oublier une bonne fois pour toutes ce vilain dicton qui dit que nul n’est prophète en son pays…

Qu’une ville puisse revendiquer que chez elle, on sait reconnaître ses talents, les encourager via une expo, une récompense symbolique, une soirée de présentation, c’est faire taire ce vilain dicton. Qu’en pensez-vous ?

Si le dicton en question existe depuis si longtemps, c’est que bon nombre de fois, il s’est avéré être vrai… et c’est d’autant plus triste. Ne pouvons-nous faire mentir ce que l’on dit ou pense de nous ? Bien entendu qu’on le peut.

Qui le mérite ?

C’est une bien bonne question, mais j’y réponds déjà plus haut, n’est-ce pas ? Celles et ceux qui le méritent, au niveau artistique, j’entends, ce sont celles et ceux qui empoignent la torche culturelle pour éclairer le nom de leur village, de leur ville, de leur quartier.

Ce faisant, ils disent : « Venez voir chez moi, il y a des choses à découvrir, des lieux, des monuments, des histoires à lire et à écouter, des produits locaux, un savoir-faire unique ; une culture locale qui mérite mon éclairage. »

Je crois que tout est dit, non ? Est-il nécessaire d’enfoncer le clou encore un peu ? Oui, pour un point : ils peuvent très bien être mis en lumière aussi pour un art ou un savoir-faire qui n’a rien à voir avec leur ville, pourquoi pas ? L’idée est de reconnaître les talents et de les pousser sur le devant de la scène.

Le savoir-faire

Je l’évoque plus en amont dans cette chronique, il n’y a pas que les acteurs et actrices du monde culturel qui sont parfois boudés, oubliés. J’ai pu voir des artisans boulangers, des commerçants, des hommes et des femmes oubliés dans un de ces tiroirs administratifs où on a tendance à tout fourrer sans jamais rien y retrouver.

On sait que c’est là, mais on se dit que ce sera pour plus tard, le tri, un peu comme à la maison, en somme.

Avez-vous essayé de marcher dans une ville non éclairée ? Eh bien, oublier par mégarde ou manque d’intérêt les artisans et acteurs de la vie locale au fond d’un tiroir administratif, c’est laisser la lumière éteinte sur sa ville, son village, un quartier ; c’est comme si Paris n’éclairait pas la tour Eiffel la nuit, non ?

C’est une question d’intelligence, je crois, non ? J’en suis convaincu.

Nous vivons tous à peu près huit décennies, l’histoire de notre ville, de notre village nous précède et nous survivra, n’est-ce pas ? Alors, que faire pour apporter sa pierre à l’édifice ?

Il faut, ensemble, pouvoirs locaux, culturels, artistes et artisans, œuvrer à demain, projeter nos lumières les uns sur les autres et présenter notre petite pierre au monument qu’est notre cité, notre région.

Pour que plus tard, nos enfants poursuivent notre exemple, construisent un chemin éclairé par nos lumières…

Oui, éclairons-nous donc !

 

Publié le 10 Octobre 2026 par
CV
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