Sous le soleil dominical du 2 août, l’Abbaye de Floreffe n’a pas seulement fait vibrer ses enceintes : le festival Esperanzah! a réaffirmé son rôle d’agora politique et de refuge émancipateur. Entre la dignité lumineuse de la chanteuse Rokia Traoré, l’engagement associatif et la convivialité militante, retour sur une journée où l’espoir s’est élevé comme un acte de résistance.
« Si je suis ici, c’est pour prendre une bouffée d’oxygène avec un public qui ne se prend pas la tête, mais qui néanmoins est conscient des enjeux sociétaux de notre temps », confie Christophe, un Liégeois croisé au détour des allées. Ces mots résument l’essence même d’Esperanzah!, où l’insouciance festive s’adosse à une lucidité politique et humaine sans concession.
Cette conscience collective se traduit par un soutien indéfectible aux minorités les plus vulnérables. Qu’il s’agisse des femmes victimes de harcèlement, des populations racisées ou des communautés LGBTQIA+, le public et les organisateurs s’unissent pour façonner un espace inclusif où la solidarité cesse d’être un slogan pour devenir un principe actif.
C’est précisément dans cet écrin d’empathie que Rokia Traoré est venue livrer un témoignage bouleversant. Lors d’une conférence de presse tenue quelques heures avant de monter sur scène, l’artiste malienne, prise dans de douloureux démêlés judiciaires pour la garde de son enfant, a choisi la dignité et la sérénité plutôt que l’amertume : « Je suis ici, parce que c’était important pour moi d’être ici pour me surpasser. Je ne veux pas de place dans mon cœur pour la haine. Avoir des droits en tant que femme ne devrait pas être une lutte : ça devrait être une évidence. » Un message fort pour continuer d’exister et transmettre une image d’espoir à la jeunesse.
Cette quête de justice trouve son prolongement direct au cœur du Village des Possibles. Au stand du Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations (CMCLD), une interview sans filtre a permis d’aborder la décolonisation des esprits, la déconstruction des mythes et la valorisation des luttes afrodescendantes. Une véritable claque intellectuelle et une dose d’inspiration pure. Parce que la fête est encore plus belle quand elle porte des combats qui comptent, la preuve que tout est possible au Village des Possibles !
Enfin, cette énergie engagée se prolonge jusque dans les plaisirs simples et la convivialité partagée. Pour se rafraîchir tout en soutenant l’esprit d’ouverture, les festivaliers finissent par se rassembler au stand « Chez Magda », où l’on déguste des cocktails et autres joyeusetés proposés à prix libre. Une ultime démonstration qu’à Floreffe, l’utopie sociale s’expérimente jusque dans le verre.