12 juillet 2026. Une date gravée dans le marbre, une arène pour une légende. Premier artiste africain à investir le Stade Roi Baudouin, Koffi Olomidé ne vient pas seulement chanter : il vient célébrer. Entre la ferveur d’une carrière immense et le vertige des soixante-dix ans, Bruxelles s’apprête à vivre un sacre.
« Pour moi, le plus grand de tous les temps, c’est Jacques Brel. » Cette confidence, Koffi la pose comme une pierre angulaire. Ce n’est pas un simple hommage, c’est un héritage. Sa chanson préférée, Ne me quitte pas, a irrigué son âme et enfanté une cinquantaine de ses propres titres. Alors, quand il invite Bruxelles à dire son « dernier je t’aime », c’est un aveu qu’il murmure à l’oreille de ses fans, et même aux Liégeois qu’il appelle à venir communier.
Tout commence sur les bancs de l’université, à l’époque où on le surnommait « l’étudiant le plus célèbre du Zaïre ». Le verbe est alors une arme, sa plume, une conquête. Il écrit pour les autres, notamment pour Papa Wemba, jusqu’à ce que son frère brise le silence : « Mon grand frère en avait marre que je sois le nègre des autres ! » Il faut alors passer de l’écrit à la guitare. Il faut se dévoiler.
Le talent n’a pas besoin de couronne pour régner. Le titre de « Mopao Mokonzi », c’est la rue, c’est le public qui le lui a offert, pas lui qui l’a quêté. Avec la plus riche discographie du Congo, quatre Kora d’or la même année, et ce titre d’artiste africain de la décennie en 2006, il a prouvé sa valeur. Il l’avoue, le cœur au bord des lèvres : « J’aime travailler. Il y a toujours un petit bout de mon cœur dans chaque chanson que je fais. »
Son cœur, il l’a laissé un peu partout, même sur les scènes les plus folles. En Zambie, il ignorait sa propre aura dans le monde anglophone. Ce jour-là, la foule l’a dévoré de passion, lui arrachant les habits jusqu’à finir avec une chemise en lambeaux sur scène.
Cette énergie, intacte, défie aujourd’hui les lois du temps. À l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, il a boudé la facilité des escalators pour choisir l’épreuve des marches. Une preuve de vigueur, un défi muet lancé à l’âge. Face à cette superbe, les passagers n’ont pu s’empêcher d’applaudir cet homme qui, à soixante-dix ans, refuse de ralentir.
C’est cette même vigueur qui animera Bruxelles. La complicité avec Marc Vlaeminck, le directeur du stade, est un dialogue de confiance. « Je suis un vieux mundele », confie ce dernier, sourire aux lèvres. Devant nos yeux, Koffi a déposé sa requête : prolonger le souffle du concert jusqu’à 0 h 15. L’accord n’est pas encore gravé dans le marbre, mais tout laisse espérer que le temps s’étirera. À minuit pile, Koffi Olomidé fêtera ses soixante-dix ans. Une seconde, une éternité.