Ce mercredi 20 mai 2026, l’association MNEMA-CPTM tenait sa conférence de presse dans les entrailles de la Cité Miroir, où l’ancien abri antiaérien des Thermes de la Sauvenière s'apprête à rouvrir ses portes au public. Classé au patrimoine wallon, ce vestige exceptionnel de 400 mètres carrés, conçu pour soustraire 400 civils à la fureur du ciel, propose une scénographie immersive saisissante. Un voyage temporel et mémoriel qui relie les drames d'hier aux questionnements les plus brûlants de notre actualité.
Une sirène stridente déchire soudain l’obscurité glaciale. Dans l'urgence du confinement de l'époque, on s'imagine sans peine aux côtés de cette Liégeoise descendue précipitamment s'abriter sous ces voûtes avec son chat blotti contre elle, cherchant un réconfort dérisoire au milieu des vibrations du sol et du fracas des bombes. Heureusement, en ce mercredi de mai 2026, la guerre n'est plus aux portes de la ville : ce choc sonore n'est que le prologue d'une remarquable exposition théâtralisée.
Garantir la sauvegarde des populations civiles face au déchaînement des technologies de destruction moderne : telle est la redoutable équation posée par cette architecture de l'extrême. Depuis le martyre de Guernica, première cible historique d'un bombardement de masse depuis l'air, le sous-sol est devenu l'ultime rempart de l'humanité. Pensé dans l’urgence face à une menace aérienne alors très récente, cet abri liégeois ne servira véritablement qu’à partir de 1944 pour la Libération. En effet, au cœur de ses six alcôves en forme d’ogives tronquées aux parois renforcées, les lourdes portes d’origine restaurées offraient une étanchéité absolue à l'eau et aux gaz.
C'est précisément dans ce décor brut que le visiteur est invité à s'enfoncer aujourd'hui. En progressant dans le sous-sol, la déambulation historique s'anime au contact de personnages virtuels sur écran, spectres surgis du passé pour raconter leur quotidien, avant de culminer dans une salle de projection à 360 degrés. Là, une présentatrice liégeoise prend le relais pour dérouler la chronologie des conflits mondiaux, bousculant notre regard en dressant une analogie directe entre les propagandes d'autrefois et les dynamiques actuelles des réseaux sociaux.
Cette immersion au cœur du béton nous force ainsi à éprouver le fracas du passé pour mieux déchiffrer les fractures du monde contemporain. Une prise de conscience qui ne nous lâche plus, même lors de la remontée vers la surface. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, à proximité immédiate de la sortie, se trouve l'exposition permanente « Plus jamais ça », dédiée aux camps de concentration nazis. En reliant la mémoire des civils bombardés à la barbarie concentrationnaire, MNEMA-CPTM fait de ce lieu un plaidoyer indispensable pour la paix, accessible au grand public dès le 6 juin.