Rédaction : Patrick Ndibwalonji Badibanga // Photos : ERuelle
Ce mercredi 1er avril 2026, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège conviait le public à une immersion singulière dans sa série Music Factory. Sous l’intitulé provocateur What The Fake, la soirée s’est muée en une exploration des faux-semblants musicaux. Entre compositeurs fictifs, œuvres plagiées et expérimentations conceptuelles, l’auditeur a été invité à naviguer dans un dédale d'illusions sonores. Levons de rideau sur les plus grands imposteurs de l’histoire de la musique classique.
Connaissez-vous Isidore Archambault ? Non ? Nous non plus : il n'existe pas. Et pourtant ce mercredi 1er avril, Danse de l’Aube, une œuvre qu'on lui attribue, sera jouée à l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège. En cette journée particulière où les blagues sont légion, celle-ci n'en est pas une. Le secret : l'utilisation de plusieurs IA pour tenter de créer une œuvre musicale à la fois romantique et joyeuse. « Ça n'invente rien et il y a quelques maladresses quand on est habitué à la musique classique. Mais c'est bluffant », nous confie Séverine Meers, l’attachée de presse de l’OPRL, quand nous lui demandons ce qu’elle pense du résultat. Toutefois, pour une oreille moins expérimentée, l’expérience semble concluante.
Et que dire de l'Adagio d'Albinoni alors ? « Tout le monde connaît l'Adagio d'Albinoni, sauf Albinoni lui-même », nous glisse le médiateur et passeur de clés Pierre Solot. Et pour cause : cette œuvre a été créée deux siècles après la mort du compositeur vénitien par Remo Giazotto. Toutefois, contrairement à la musique composée à l'aide de l'IA, ici les avis sont unanimes : c'est un chef-d'œuvre. Y avait-il une meilleure manière de commencer cette soirée consacrée aux faussaires de la musique que par ce classique indémodable ? Il est difficile de répondre par la négative.
Le voyage au cœur du paradoxe s'est poursuivi avec le célèbre 4’33’’ de John Cage. Avant d'entamer cette pièce déconcertante, Pierre Solot a posé deux questions fondamentales au public : « Est-ce que le silence existe ? » et « Qu'est-ce que la musique ? ». Tandis que des musiciens supplémentaires rejoignaient la scène et que le guide-conférencier lui-même s'armait d'une guitare, le vide s'est installé. Une œuvre muette, où les seuls sons audibles étaient les murmures d'étonnement du public face à une attente semblant interminable.
Paradoxalement, Quodlibet For Small Orchestra, la dernière œuvre du concert, créée par Peter Schickele — alias P.D.Q. Bach, le prétendu « 21ème fils de Bach » —, nous a paru bien plus courte, bien qu'elle dure en réalité deux fois plus longtemps. Le grand Jean-Sébastien a d'ailleurs eu son propre moment avec le Concerto pour clavier en ré mineur, une œuvre qu'il a purement et simplement plagiée.
Quoi qu'il en soit, ce Music Factory nous aura une fois de plus enchantés, nous permettant de comprendre que certaines œuvres marquantes de l'histoire proviennent de malentendus, de triches ou de simples blagues. Pour ceux qui affectionnent les sentiers de traverse, l'aventure se prolongera le 13 mai prochain. L’OPRL proposera une expérience immersive avec la projection du chef-d'œuvre d'Alfred Hitchcock, Psychose. À cette occasion, la partition mythique de la superproduction américaine sera interprétée en direct par un orchestre, promettant une tension dramatique décuplée par la puissance du live.
Les plus jeunes ne seront pas en reste, puisque les familles seront à l'honneur les 23 et 24 mai avec l’événement SYMPHOK!DS, une parenthèse ludique et pédagogique au cœur du son. Enfin, l'institution célébrera la Fête de la Musique par un concert gratuit, ouvrant ses portes au plus grand nombre. Un conseil : restez attentifs, car les places pour ces rendez-vous d'exception s'arracheront, à n'en pas douter, en un instant.