Sous les projecteurs du Forum et l’intimité électrique du Reflektor, le jazz a troqué ses vieux costumes de velours pour une énergie brute et communicative. Entre la ferveur orchestrale d’Ibrahim Maalouf et la soul incandescente de Lady Blackbird, le coup d'envoi du Uhoda Jazz à Liège restera gravé comme la nuit où la ville a cessé de marcher pour se mettre à danser. Récit d'une odyssée musicale où le souffle des cuivres a balayé les derniers clichés d'un genre que l'on croyait réservé aux initiés.
« J'ai une grande pensée pour ceux qui se sont dit en venant : "Chérie, viens, aujourd'hui on va écouter du jazz" », ironise le trompettiste Ibrahim Maalouf en plein concert. Hé oui, les gens qui pensaient que le jazz se consommait principalement dans des cafés calmes et cachés de La Nouvelle-Orléans se sont rendu compte que les choses ont bien évolué. Hier, pour cette première journée du Uhoda Jazz à Liège, le spectacle était presque autant sur scène que dans les gradins. Mieux : il y a même des gens qui ont passé l’entièreté du concert debout à danser sur les rythmes endiablés de Trumpets of Michel-Ange.
Quel showman, cet Ibrahim, et quels excellents musiciens il a ! À un moment, son batteur est même parti dans un solo qui nous a rappelé l’intensité viscérale de la superproduction américaine Whiplash. « Est-ce que vous êtes d'accord pour faire une dernière séance de cardio ? » a demandé inopinément l’artiste, voyant que son public commençait un peu à fatiguer sous le poids de l’extase. Vous avez bien lu : ce jeudi soir, l'intégralité de la salle du Forum s'est transformée en une piste de danse géante. Ceux qui n'avaient pas eu le temps de faire leurs 10 000 pas de la journée ont pu allègrement se rattraper. Pour être clair, il ne manquait que la robe de mariée pour que l'union entre l'artiste et son audience soit consommée.
Et quand on voit l'ambiance qui régnait au Forum ce 7 mai 2026, on comprend mieux pourquoi une file d'attente s'étirait jusqu'au milieu de la rue Cathédrale dès 18h00.
À 23h00, au Reflektor, l'ambiance était différente, frisant même le paradoxe. Sur scène, Lady Blackbird, chanteuse américaine extravagante dans sa tenue et son pardessus indéfinissable, déployait une voix soul ravageuse. Face à elle, un public de connaisseurs, particulièrement calme bien qu'étant debout dans la fosse. Enfin, ça, c'était avant que la tête d'affiche ne disparaisse quelques minutes, laissant ses musiciens montrer toute l'étendue de leur talent. Au retour de la dame, la foule s'est mise à danser comme si ce passage inattendu de la représentation avait agi tel un déclic libérateur.
Du reste, si vous n'avez pas encore vos places pour cet événement musical incontournable de la Cité ardente, il est encore temps de rectifier le tir. Et n'oubliez pas : la fête est partout, avec des événements gratuits, notamment au Regina Club et à l'Hôtel de Clercx. Le jazz n'est plus une musique que l'on écoute, c'est une expérience que l'on vit.