Rédaction : Patrick Ndibwalonji Badibanga // Photos : Lucas Gilson
Ce samedi 28 mars, la Caserne Fonck s’est muée en un sanctuaire de résonances. À l’affiche, la formation musicale « Pour Quelle fête ? ». Cette dernière a déployé son nouveau spectacle, Entre Ombre et Lumière, devant une assemblée conquise. Entre virtuosité technique, éclats d'humour et messages d'unité, les 80 choristes ont offert une traversée suspendue, prouvant que le chant demeure le plus court chemin pour relier les âmes.
« Chanter ensemble, c'est affirmer "voilà qui je suis", tout en acceptant l'autre tel qu'il est ». Ces mots de Carine Ricard, cheffe de chœur, ont agi comme la clé de voûte d’une performance plaçant l’altérité au cœur de la note. L’ouverture, une interprétation tellurique de Uprising (Muse), a immédiatement brisé la glace, annonçant la couleur d’une soirée placée sous le signe de l’exigence et de la passion.
Le triomphe de ce nouveau répertoire repose sur l’alchimie d’un duo de direction dont la complicité est une partition à elle seule. Tandis que Franju Debatty s’empare parfois du clavier, accompagnant avec finesse ses partenaires de scène, Carine Ricard s’occupe de divertir le public avec une verve malicieuse, ponctuant le concert de traits d’esprit qui font mouche. Ensemble, ils ont guidé les 80 interprètes à travers un marathon de 21 titres mémorisés avec une précision d'orfèvre, naviguant avec une aisance déconcertante des idiomes francophones aux rythmes anglo-saxons.
Métamorphose visuelle et sonore
Le fil rouge de l’œuvre s’est incarné physiquement lors de l’entracte. Après une première partie vêtue de foncés, les membres de la chorale sont réapparus drapés de blanc, une mue symbolique épousant parfaitement le message du second acte. Cette pause de trente minutes, bien nécessaire pour rafraîchir les gosiers, a d'ailleurs permis à la cheffe de chœur de souligner, avec l’ironie qu’on lui connaît, la désinhibition soudaine et chaleureuse d’une audience revenue de la buvette plus loquace que jamais.
Derrière les voix, le moteur rythmique a tenu ses promesses. Denis Wautelet, dont c’était le baptême du feu à la batterie, a livré une prestation d’une assurance telle que rien ne laissait deviner sa première fois. Son jeu subtil a porté les 80 choristes sans jamais faiblir, s'intégrant parfaitement à l'édifice sonore de la formation. Bertrand Hérin, le guitariste, et Adrien Plisson, le bassiste, ont également assuré le spectacle. À un moment, Bertrand a même disparu au milieu des choristes et on se demandait d’où venait la musique.
Le chant comme arme de paix
La seconde partie a transcendé le simple divertissement pour toucher à l’universel. Si des joutes vocales amicales ont opposé les hommes et les femmes sur scène, le répertoire s’est vite envolé vers des territoires plus profonds. Les frontières ont fini par s'effacer totalement lorsque le chœur a entonné un chant en swahili, avant de livrer une pièce poignante sur le conflit israélo-palestinien, tressant ensemble l’anglais, l’hébreu et l’arabe dans un vibrant plaidoyer pour la réconciliation.
Par-delà l'éclat des projecteurs, le groupe a fait preuve d'une belle pédagogie dévoilant les coulisses de l’art choral, en expliquant avec clarté la hiérarchie des voix. Ce moment d'échange fut aussi l’occasion de lancer un appel : si le talent ne manque pas, la formation recherche activement de nouvelles voix masculines pour venir parfaire l'équilibre des rangs. Avis à ceux qui souhaiteraient rejoindre cette aventure humaine qui, depuis 54 ans, transforme le bruit du monde en une mélodie d'espoir. Envie de les inviter pour une prestation haute en couleur, rendez-vous sur leur site.