Rédaction et Photos : Lucas Gilson
Ce jeudi 26 mars, l’étroit périmètre de la librairie Toutes Directions s'est mué en une fenêtre ouverte sur l'imaginaire mondial. Sous l’égide d’Alexandre Alvarez, historien à la précision d'orfèvre, une conférence captivante a révélé une vérité insoupçonnée : Liège ne se contente pas d'exister entre ses collines ; elle rayonne, incognito ou flamboyante, sur les écrans du monde entier.
Si le titre de Cité Ardente résonne avec une ferveur familière aux oreilles des Liégeois, on aurait pu croire sa renommée confinée aux frontières de la Meuse. Dans l’ombre des métropoles cinématographiques, Liège semble, de prime abord, la grande oubliée du septième art. Une méprise qu’Alexandre Alvarez s’est employé à déconstruire avec brio, transformant cette conférence en un véritable plaidoyer pour la reconnaissance de la ville à l’écran.
Le voyage a débuté par une mise en perspective théorique du ciné-tourisme, avant de bifurquer vers les sommets du divertissement mondial : la saga James Bond. Maniant l'anecdote avec une dextérité chirurgicale, l’historien a dévoilé les arcanes des trucages et la subtilité des montages. À travers une analyse comparée d’extraits, il a démontré comment la géopolitique influence la mise en scène, capable d’iconiser un lieu ou, au contraire, de le fondre dans l’anonymat d’un décor de transition.
Le cœur du sujet s'est ensuite révélé avec une intensité croissante. Depuis 1956, la Cité Ardente prête ses courbes et son caractère à une filmographie d'une richesse insoupçonnée. Des productions belges et françaises, certes, mais aussi des œuvres espagnoles ou allemandes ont trouvé en Liège un écrin narratif. Ce qui ne devait être qu'une quête de curiosité s'est métamorphosé en un inventaire titanesque.
« J’ai commencé ce projet durant le covid pour m’occuper en me disant qu’il y aurait une quinzaine de films tout au plus. Six ans plus tard j’en suis à plus de 200 films pour 600 séquences. »
Cette confidence d’Alexandre souligne l’ampleur vertigineuse de son entreprise. Liège, avec ses ruelles pavées et son cachet intemporel, est devenue le refuge privilégié des cinéastes en quête d'authenticité pour leurs films d’époque. La ville ne joue pas seulement son propre rôle ; elle incarne l’Histoire.
Au-delà de la stricte analyse filmique, cette recherche prend une dimension presque sociologique et intime. En redécouvrant la commune, le chercheur offre aux citoyens un miroir magnifié de leur quotidien. Pour Alvarez, l'exploration de ces pellicules fut aussi un voyage intérieur, une manière de lier son histoire personnelle à celle de la pierre et du celluloïd.
« Ça m’a permis de revenir sur les temps morts de ma vie, et de les icôniser ».
En refermant ce chapitre, l'auditoire n'a pas seulement quitté une librairie ; il a retrouvé une cité transformée. Cette étude nous offre un regard neuf sur notre ancienne principauté, nous invitant à déambuler dans ses rues non plus comme de simples passants, mais comme les spectateurs privilégiés d'un film qui continue de s'écrire.