Né de la collision entre Nader, rappeur palestinien, et Nico, producteur belge, le duo liégeois Nün pulvérise les structures classiques. Entre rythmiques industrielles, samples de death metal et poésie viscérale, leur musique hurle face au chaos. À l’occasion de la sortie de leur premier single Tūfān , récit d'une collaboration où l'instinct détrône la perfection.
Tout a commencé par un point de rupture. Nader travaillait sur un album solo quand le fracas du monde a imposé le silence. Les massacres à Gaza agissent comme un électrochoc : impossible de poursuivre le disque initial. Le projet est suspendu. Un an et demi plus tard, le destin — par l'entremise du studio Nectar — place Nico sur sa route.
À l'origine, Nico devait être le « finisseur », celui qui polit les morceaux des autres. Mais une écoute fait tout basculer. Nader lui présente une ébauche construite sur un sample de death metal nerveux, sur lequel il rappe une démo enregistrée à la hâte sur iPhone. Pour Nico, c’est le déclic : « J'ai eu des étoiles dans les yeux. »
La naissance d’une « troisième personne »
De ce crash esthétique naît Nün. Le nom n'est pas qu'une fusion d'initiales ; en arabe, la lettre N se prononce « Noun ». C’est aussi, phonétiquement, un cri de résistance : Non.
Le duo refuse la simple étiquette de collaboration. « On mélange nos gènes et nos influences pour créer quelque chose de nouveau », explique Nico. « Ce n’est ni lui, ni moi, c’est une troisième personne qui prend la place. » En studio, la hiérarchie entre beatmaker et rappeur vole en éclats au profit d’un organisme vivant : basse, batterie et improvisations brutes.
L’esthétique de l’urgence
Chez Nün, on ne chipote pas. Le groupe s’impose un rythme rituel : trois heures de studio le vendredi, un morceau bouclé avant de sortir. Face à la violence systémique, du consumérisme aux tragédies de la Palestine au Congo, le duo refuse la paralysie.
« On ne cherche pas la perfection », confie le groupe. « Il y a des erreurs, et tant mieux. Il y a une urgence intrinsèque à la culture : on ne veut pas subir le choc, on veut gueuler. »
« Tūfān » : la colère comme langue universelle
Leur premier single, Tūfān ( déluge en arabe), incarne cette philosophie. Composé en moins de deux heures, le titre repose sur une ligne de basse tellurique et un poème écrit par Nader dans un souffle. Bien que le texte soit en arabe, l’énergie transcende la sémantique.
Pour le duo, le choix de la langue n’est jamais stratégique, mais émotionnel. « La musique est universelle. Nous sommes le fruit d’un métissage, d’une culture qui voyage. L’arabe ou le français ne sont que des vecteurs pour une même émotion. »
Le live comme révolution
Après un premier concert percutant, Nün accélère. Le 24 avril, ils partageront l'affiche avec Diserta!, Beasts et Timeless pour la réouverture du Kultura. Avec un single par mois et un EP prévu pour septembre, le duo lance un appel aux programmateurs : leur musique est un cri collectif conçu pour la scène.
Derrière la saturation, le message de Nün demeure paradoxalement un acte d’amour. Un amour combatif utilisant la contre-culture comme levier de révolution. À Liège, le déluge ne fait que commencer.