Rédaction et Photos : Lucas Gilson
Ce mardi 24 mars, le Centre Culturel des Chiroux a vibré sous une onde de choc émotionnelle. La Compagnie de la Bête Noire y présentait À cheval sur le dos des oiseaux, une œuvre mise en scène par Céline Delbecq. Portée par la performance habitée d'Ingrid Heiderscheidt, cette pièce explore les méandres de la maternité sociale. La représentation s'est clôturée par un débat entre le public et des professionnels du secteur de l'aide à la jeunesse.
Il est 20 heures. Le brouhaha des Chiroux s’éteint pour laisser place à un dépouillement presque monacal. Sur scène : une chaise, un distributeur d’eau, un fond neutre. Rien d'autre. Ce minimalisme radical n’est pas un aveu de faiblesse, mais un écrin. Il s'agit de faire de la place à l’essentiel : la parole. Durant soixante minutes, une femme seule occupe l'espace, transformant ce vide en un monde de tensions et d'espoirs.
Cette austérité devient le terrain de jeu magistral d'Ingrid Heiderscheidt. Incarnant une mère aux prises avec ses fragilités, elle livre un récit où l'enfant devient l'unique centre de gravité d'une vie qui vacille. Entre l'absurdité de situations loufoques et la violence des traumatismes, la comédienne manœuvre avec une précision chirurgicale, ne laissant aucun répit au spectateur.
« Un très bon texte, il n’y a pas grand-chose à faire ; ce sont plutôt les mauvais textes qui demandent beaucoup de travail. (...) Je ne peux pas pleurer sur commande, c’est le pouvoir des mots. Les mots, en passant par moi, provoquent ça. »
Ces mots, confiés par l'interprète, soulignent la force de l'écriture. Malgré l'unité de lieu et l'absence d'artifice, l’ennui ne trouve jamais sa place. Si la mise en scène s'appuie sur des changements de lumière subtils et des effets sonores d’une efficacité redoutable, c’est bien la verbe qui brille. En abordant frontalement la maternité précaire et les foyers d’accueil, la pièce brise le silence sur des réalités sociales trop souvent invisibilisées.
Le rideau tombe sur une standing ovation électrique, hommage mérité à une performance de haute volée. La soirée se prolonge alors par un échange précieux entre la salle et des intervenants de terrain (services d’aide à la jeunesse, accompagnement en accueil familial). Un moment de dialogue indispensable pour confronter la fiction théâtrale à la réalité brute du secteur social liégeois.
« C’est la deuxième fois que je vois cette pièce, j’ai presque moins pleuré que la première fois », glisse une spectatrice à la sortie.
Ce témoignage résume l’impact d'une œuvre dont on ne sort jamais tout à fait indemne. En tournée depuis 2021 avec plus d’une quarantaine de dates au compteur, ce spectacle confirme qu'il est un pilier de la scène contemporaine. Si le dos de ces oiseaux passe près de chez vous, ne manquez pas l'envol : il est salutaire.