Rédaction et Photos : Lucas Gilson
Sous les voûtes singulières du Cultivarium, là où les objets de seconde main attendent une nouvelle vie, le temps s’est figé ce jeudi 19 mars. Ce n'était pas pour une vente aux enchères, mais pour une incursion savante et électrique dans les racines de notre héritage sonore. Sous l’égide d’Upano — cette "communauté d’amateurs de musiqueS" qui porte le pluriel comme un étendard de tolérance — la soirée a transformé une boutique de curiosités en un temple de la transmission.
Le Verbe et la Vibration
La soirée a débuté par une exploration des zones de contact entre la plume et la corde. Henri Schalenbourg, tel un cartographe de l'invisible, a tissé des liens audacieux entre les géants de la littérature et les architectes du son. Dans son sillage, Shakespeare et Brontë ont croisé le fer avec les nappes atmosphériques de Pink Floyd et de Talk Talk.
L’exercice, périlleux, consistait à démontrer comment le spleen de Baudelaire ou l'insolence de Rimbaud trouvent un écho contemporain chez un Johnny Hallyday ou un Renaud. Plus qu’une simple énumération, l’exposé de Schalenbourg s’est voulu une invitation au voyage, utilisant l’extrait musical non pas comme un décorum, mais comme une preuve vivante de l’universalité de l’émotion.
Le Docteur et le "LSD" Sonore
Puis est venu le moment de la bascule. Alain Pire, figure de proue de la scène musicale belge, n'est pas monté sur scène avec sa guitare, mais avec son titre de Docteur en information et communication. Sa thèse sur le psychédélisme britannique, sujet d'une vie, a servi de colonne vertébrale à une seconde partie de soirée mémorable.
« Je devrais écourter, j’ai déjà dépassé le timing, certains doivent peut-être travailler demain » a-t-il lancé avec une modestie feinte.
« On s’en fout, continue ! » a rétorqué la salle dans un élan de spontanéité qui balayait d’un revers de main les contraintes du cadran solaire.
C’est là que réside le génie de cette conférence : l’abolition de la distance académique. Entre deux anecdotes personnelles et une analyse fine du contexte socio-économique des "Sixties", Alain Pire a jonglé avec l'humour et l'érudition. Les éclats de rire ont répondu aux archives vidéo, prouvant que la rigueur universitaire n’est jamais aussi savoureuse que lorsqu’elle est partagée dans la chaleur d’un club.
Un Printemps Rock'n'Roll
Le succès de cette double conférence confirme la vitalité du projet Upano. Ici, on ne consomme pas la musique, on la dissèque avec passion, on la vit comme une interaction constante entre le passeur et son auditoire.
Pour ceux qui auraient manqué ce pèlerinage au pays des sons, le calendrier culturel liégeois offre déjà une session de rattrapage. Le 16 avril prochain, le Jacques Pelzer Club accueillera Paul Coerten. Le photographe, témoin privilégié des excès et du génie des rockstars des années 70, viendra y dévoiler ses clichés d'une époque où le grain de la pellicule capturait l'âme de la rébellion.