Rédaction et photo : Lucas Gilson
Ce mercredi 25 mars, les planches du théâtre À la Courte Échelle ont vibré une ultime fois sous les assauts de Valentine à tout prix. Sous la direction de Cindy Baraté pour la compagnie Arsenic et Mignardises, ce vaudeville haletant a orchestré un ballet de quiproquos et de situations ubuesques, offrant au public un marathon de rires où la finesse du jeu le disputait à l'absurdité des sentiments.
Dès l'ouverture du rideau à 20 heures, le ton est donné : les hostilités de l'amour sont déclarées. Le récit nous plonge dans la quête obsessionnelle de Martin, jeune célibataire éperdu, dont l’unique boussole pointe vers une reconquête impossible : celle de son ex-partenaire, Valentine. Durant une heure et demie d’une intensité rare, le spectateur devient le témoin complice d’une escalade de péripéties où la logique capitule face à la détermination. Martin ne recule devant rien, et c’est précisément dans cet abandon de toute raison que naît la splendeur comique de la pièce.
La réussite de cette comédie repose sur un équilibre d'orfèvre, à commencer par la plume de Pascaline Terrien. Le texte, incisif et percutant, distille des répliques qui claquent comme des coups de fouet, révélant des vérités aussi imprévisibles que criantes de réalisme. Au-delà de l'intrigue, ce sont ces personnages, miroirs à peine déformants de nos propres travers, qui créent une connexion immédiate avec une salle qui s'y reconnaît entre deux éclats de rire.
Cette alchimie ne serait rien sans le souffle des comédiens. Habitées par un travail de longue haleine entamé dès septembre, les interprétations témoignent d'une préparation chirurgicale. On ne voit pas seulement des acteurs, mais un collectif soudé, une entité organique où chaque silence et chaque mouvement servent la fluidité de l'ensemble. Cette unité est le cœur battant de la pièce, rendant palpables les tensions et les affections qui lient ces êtres de fiction.
« Il y a une bonne cohésion de groupe c’est chouette », confiait un spectateur à la sortie, encore sous le charme de cette symbiose.
Mais le génie de cette mise en scène réside également dans l'invisible. Le travail corporel des acteurs transcende le texte : une moue fugitive, un regard pesant ou une œillade complice deviennent des vecteurs d'émotion pure. Ici, la comédie se joue dans les interstices, dans ce langage non verbal qui dit tout ce que les mots n'osent avouer, transformant le burlesque en une étude fine des rapports humains.
Pour un coup d'essai, Arsenic et Mignardises signe un coup de maître. Si certains comédiens foulaient les planches pour la première fois, l'ombre bienveillante des fondateurs, Cindy Baraté et Régis Delmay, plane sur cette réussite. Forts de trois décennies de métier, ces artisans de la scène ont su insuffler l'expertise nécessaire pour transformer l'énergie brute de la troupe en une machine théâtrale parfaitement huilée.
L’aventure ne fait pourtant que commencer. Portée par ce succès retentissant, la compagnie ne compte pas se reposer sur ses lauriers. Un prochain projet est déjà en gestation, promettant de retrouver cette verve et ce ton si singulier qui ont fait le sel de cette soirée. Un conseil : si vous avez manqué le passage de Valentine, gardez l'œil ouvert. Arsenic et Mignardises est une signature qu'il faudra désormais suivre de très près.