Rédaction : Patrick Ndibwalonji Badibanga//Photos : aless_genov
Entre moments de pure émotion, prouesses improvisées et clins d’œil insolites, la vingtième édition du festival liégeois a tenu toutes ses promesses. Du rap francophone aux têtes d’affiche américaines, jusqu’au final techno magistral de Charlotte de Witte, retour sur un week-end hors du temps qui a fait vibrer la foule et uni les cœurs.
« Je sais que vous n’avez pas l’habitude, les Belges : ça, ça s’appelle le soleil ». C’est par cette punchline thermique signée Bigflo que l’on pourrait résumer l’atmosphère de ce week-end. Mais si le ciel a fait sa part, ce sont bien les artistes qui ont illuminé Les Ardentes. Le duo toulousain Bigflo et Oli a littéralement électrisé la foule. Bigflo a cueilli tout le monde à froid en s’installant derrière une batterie pour un solo mémorable, prouvant sa polyvalence musicale. Quant à Oli, il a rappelé pourquoi il est considéré comme l’un des meilleurs techniciens de sa génération : un freestyle d’anthologie, totalement improvisé, en rebondissant sur des objets hétéroclites brandis par le public au fur et à mesure. Un pur moment de maestria.
Le festival a aussi été le théâtre d’une véritable foire aux accessoires insolites, le samedi devenant officiellement la « journée des micros bizarres ». Si la cagoule et le micro customisé de Kalash Criminel restent des classiques indéboulonnables de son identité visuelle, c’est Genezio qui a braqué les regards avec un appareil des plus particuliers, ressemblant à s’y méprendre à un mini lance-roquettes. Mais le style masqué n’est pas l’apanage de la scène hexagonale. Preuve que Les Ardentes dépassent largement les frontières des rappeurs français, le phénomène EsDeeKid, autre rappeur cagoulé de cette édition, a mis absolument tout le monde d’accord par sa puissance scénique. Et cette ouverture musicale a trouvé son apogée lors d’un final d’une tout autre nature : la prêtresse de la techno Charlotte de Witte a eu la lourde tâche de clôturer le festival, faisant tellement péter les enceintes que ses basses sismiques résonnaient jusque dans le centre-ville de Liège.
Cela étant, le sort s’est acharné sur un des systèmes de sonorisation, donnant lieu à un moment de flottement teinté d’humour lorsque le micro de La Fouine a refusé de fonctionner au début de son set. Loin de se laisser démonter, l’icône du rap français a magistralement rattrapé le coup. Son concert a d’ailleurs basculé dans la pure émotion lorsqu’il a présenté sa fille au public liégeois, déclenchant une ovation.
Une démarche touchante qui faisait directement écho à celle de ZKR la veille. Le rappeur roubaisien a lui aussi partagé la scène avec sa fille, un moment suspendu d’autant plus fort que l’artiste gérait une immense pression : il performait alors même que son pays de cœur, le Maroc, disputait un match crucial de coupe du monde. Pour l’occasion, ZKR avait d’ailleurs troqué ses vêtements pour revêtir une tenue complète de joueur de football sur scène. En fin de compte, la philosophie de cette 20e édition tenait peut-être dans cette phrase entendue au détour d’une scène ce jour-là : « On ne peut pas refaire le monde. On peut juste l’améliorer ». Et à Liège, le temps d’un week-end, la musique a magistralement rempli cette mission.