Pour ses 10 ans, La Boverie dévoile l’exposition Les coulisses d’une Collection, ouverte du 29 mai au 23 août 2026. Inaugurée le 28 mai en présence de l’échevine Elisabeth Fraipont, de Jean-Pierre Hupkens et des conservateurs Fanny Moens et Grégory Desauvage, elle explore autant les modes de fonctionnement du musée liégeois que ses collections. Entre anecdotes croustillantes et explications sur la restauration et la conservation des œuvres, nous découvrons enfin la face cachée de l’institution muséale.
« On sait ce que c'est, mais on ne sait pas encore comment le soigner. » Cette formule de Grégory Desauvage rappelle une vérité essentielle : les œuvres d’art sont comme des êtres humains. Il faut en prendre soin ! Elles traversent le temps en portant les stigmates de leur histoire. Face à ces patients silencieux, restaurateurs et conservateurs se relaient jour après jour afin de garantir leur longévité. Bien entendu, chaque spécialiste intervient selon son domaine de compétence.
C'est dans cette union des forces que le mystère s'éclaircit. Pour guider le geste des restaurateurs, historiens de l’art et scientifiques de l’archéométrie collaborent étroitement. Ensemble, ces experts soumettent la matière à des technologies de pointe. Parfois, leurs scanners révèlent des secrets d'atelier totalement insolites. C'est le cas du chef-d'œuvre de Picasso La famille Soler. Son fond a été repeint par un autre artiste à la demande de Monsieur Soler, qui souhaitait y suggérer une forêt.
Pourtant, cette magie de la résurrection se heurte à un défi immense. Les œuvres du XXe siècle utilisent des matériaux instables et expérimentaux. Face à ces composants chimiques inédits, la science tâtonne. Elle ignore parfois comment guérir des altérations imprévisibles. Le message du musée résonne alors comme un avertissement poétique : « Profitez de ces chefs-d’œuvre aujourd'hui. On ignore quel sera leur état dans vingt ans. »
Pour conjurer cette usure du temps, le parcours joue sur les doubles. Il orchestre un dialogue fluide entre trésors cachés et art public. Le plâtre d’Adam et Ève chassés du Paradis de Jef Lambeaux dort paisiblement à l'abri. Il reste protégé dans le secret des salles. En contrepartie, sa réplique exacte en bronze habite le parc et affronte les éléments. Et, ce n’est vraisemblablement pas un hasard si l’exposition se termine par la Verrière et son jardin des sculptures. N’est-ce pas le meilleur moyen d’allier les œuvres du musée et une vue plongeante sur la végétation du parc ?